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January 5th, 2008
Une carte en main, nous empruntons le sentier forestier du littoral. Chacun a son casse-croûte : au programme, 10 kilomètres dans une faune et flore très spécifiques. La route, par moment, quitte le bord de mer pour des petites côtes qui traversent des forêts de faux hêtres très denses. Des oiseaux, comme des Ouessants, (sorte de grosse pintade), canards, cormorans et autres non définis, se laissent facilement approcher. Des orchidées blanches jonchent le sol comme les pâquerettes chez nous. Les arbres sont couverts de champignons oranges en forme de boule. Les indiens en consomment et bien sûr nos aventuriers goûteront ce fruit des bois au goût "sans goût" !
Des "longues oreilles", mais oui !!... vous savez, l'animal qui mange des carottes (superstition de marin : la prononciation du nom de cet animal porte malheur !!!) pullulent, assez déroutant de voir autant de ces bestioles nous ignorant complètement.
La route n'est pas facile, mais chacun marche en silence, même si certains tirent un peu la prothèse... pardon, la jambe, tout le monde se régale de ce paysage grandiose.
En face du Canal du Beagle, la fin de la cordillère des Andes, avec encore pas mal de neige et des glaciers. Comme disent les indiens Yamane, en une journée on peut avoir les quatre saisons, et effectivement cette journée sera faite de soleil, bruine, vent, calme plat...
5 heures plus tard, nous arrivons au terme de cette promenade d'au revoir aux contrées du Grand Sud.
Ce soir dernier dîner à bord, on ferme une sacrée page d'une aventure qui restera gravée à vie dans chacune de nos celulles. C'est difficile pour l'équipe de Bout de Vie de dire au revoir aux marins du Diamant. Certains y verseront même une petite larme. Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais ce qui est sûr, c'est le présent, alors profitons encore de l'instant présent.
Depuis le départ , j'ai énormément observé les 4 protagonistes, j'ai mis des coups de gueule, des réflexions toujours au moment où ils s'y attendaient pas, mais chacun a découvert, au fil du voyage, avec tous les naturalistes, les marins du bord, une chose essentielle : que la vie était un cadeau incroyable. Malgré les tempêtes, il y a toujours du beau temps.
A notre arrivée à Ushuaia, ville atrocement touristique, mes quatre moustiques s'étaient rués sur les magasins "typiques" !!!. J'avais mis un coup de gueule en disant qu'un voyage n'était pas fait de cartes postales ou de bibelots "made in factice" ! Certains avaient même un peu boudé... Mais depuis notre retour comme par magie, aucun n'avaient daigné rendre visite à ces magasins à touristes. Sans s'en apercevoir, ils venaient de devenir des voyageurs et non plus des touristes.
Et la phrase du départ prend pour eux tous son véritable sens : un souvenir ça ne s'achète pas mais ça se vit !!! January 4th, 2008  La nuit fut pénible. Le bateau enfourne la grosse houle de nord. Le vent se maintient en nord ouest 30 / 35 noeuds. Le mal de mer cloue les filles dans leurs banettes.
La journée est longue, notre vitesse est réduite de 1,5 noeuds. Les Damiers du Cap sont là, toujours fidèles au poste et 8 globicéphales croisent l'étrave. Vers 13 heures, nous devinons la terre, les îlots chiliens. Seul sur le pont, une bouffée d'histoire m'effleure : Magellan, Cook, Dumont D'Urville... que de doute, que d'obstination et détermination pour réussir à franchir ce cap. Mais en ce lieu mytique pour les marins, je ne peux que penser à ce solitaire a qui je dois tout mes moments de liberté et de folie calculée : Bernard Moitessier et son "Spray". Ce promontoir l'a fait trembler, mais il a su écouter sa petite flamme qui le guidait. Il ne l'a pas conquis, il a juste fait un pacte avec les deux océans qui se rencontrent : le Pacifique et l'Atlantique.
Comme lieu de négociation, un Cap, un promontoir, on ne peut que le décrire hideux par sa noirceur et majestueux par son assurance. La houle d'Ouest se déchire et semble en se brisant vouloir rejoindre les cieux. Nous les fourmis du monde, nous flottons là, au milieu du néant. Pourtant mètre par mètre, nous approchons de lui : le Cap Horn !!!
Les jeunes, même sans être marins, sentent la vibration de ce passage presque mystique. Ils sentent qu'ici la nature est la grande patronne et le silence est de mise. Dans leurs têtes, à tout jamais, ce moment restera gravé comme une mission accomplie.
Jo Zef, comme dans toute aventure, est blotti contre moi. Je suis contre le bastingage et la mascotte me souffle une idée d'offrande. Lors de ma dernière traversée du Groenland à pied, un inconnu, dans un restaurant à Paris, m'avait fait un prêt, un présent : le chapelet qu'il avait eu quand enfant il avait fait chez lui au Portugal un pélerinage alors qu'il était malade. Cette amulette m'avait protégée pendant cette douloureuse aventure, et là aujourd'hui Jo Zef me sussure de faire une offrande au Dieu des marins. Avec beaucoup d'émotion, je défais le collier de bois d'olivier orné d'une petite croix et remet à l'océan ce talisman. L'émotion m'envahit, je suis seul dans mon coin, ma Véro me rejoint et surtout ne me pose aucune question...
Dans la matinée, avec les garçons, nous avons confectionné une bouteille avec un message. Elle est jetée à la mer avec nos prénoms écrits et une adresse en cas de découverte : l'âme d'enfant est toujours là.
Nous glissons maintenant dans ce dédale d'îles et même si le vent reste fort, la houle n'est plus qu'un souvenir et vers 2 heures du matin, nous sommes à quai de nouveau à Ushuaia... January 3rd, 2008   Ce matin à 4 heures, le Diamant s'approche d'une plage extérieure : Deception Island. Mais le vent de nord est établi à 30 noeuds et la houle rend la plage inaccessible. Nous décidons de ne pas tenter la descente trop périlleuse.
Vers 6 heures, nous pénétrons dans la petite passe de Deception.C'est un gigantesque cratère où l'océan, par une petite brêche s'est engouffré. On appelle ce cratère maritime une "Caldera".
Nous mouillons devant une ancienne usine de traitement de baleine norvégienne abandonnée. La plage est composée de cendres de lave et le paysage est lunaire. Après un petit "crampahue", nous arrivons au sommet d'une faille où nous pouvons admirer la force de l'océan qui se déchire sur ces falaises de basalte.
L'ancienne station baleinière est abandonné depuis 1936 et les bâtiments tombent en ruine. La sensation de ne pas être sur terre est forte.
Dernier zodiac, montés à bord, nous levons l'ancre avec le vent qui fraîchit à 40 noeuds. Nous mettons cap sur Half Moon Island où se trouve une base scientifique Argentine.
Le vent est violent et la neige tombe abondamment, mais c'est mal connaître l'équipe Bout de Vie. Nous descendons à terre mais sur les zodiacs nous sommes submergés par les vagues. Malgré les difficultés à se tenir, je réussis à saisir l'image où Hélèna est recouverte d'une vague (dès notre retour en France, vous pourrez consulter les photos).
La plage enneigée est couverte de Manchots à jugulaire. Nous gravissons un talus pour rejoindre une grande bande de terre pour marcher dans la neige fraîche. Là-bas, à l'horizon, 7 tâches marron/ gris. Plus nous nous approchons, plus nous comprenons que les rochers que nous devinions, n'en n'étaient pas mais étaient plutôt des phoques de Weddel.
A quelques centimètres d'eux, nous nous agenouillons dans la neige pour les observer. Ces mammifères peuvent passer 2 heures sous l'eau et descendre à 900 mètres de fond et après avoir bien rempli leur panse, se regroupent sur la glace pour une sieste digestive.
Niko nous explique en détail leur comportement et chacun de nous avons droit, avec beaucoup de vigilance, à une approche de quelques centimètres.
Le vent commence à faiblir et le soleil à faire son apparition. Les glaciers sont somptueux, nous sommes assis sans voix devant cette beauté immaculée.
Des nuages lenticulaires spécifiques à la région ornent le ciel. Niko me souhaite un "joyeux anniversaire", encore une fois dans un endroit hors du commun. Christophe, le géologue de bord, interpelé par les voeux de Nicolas, nous informe que lui aussi est né un 31 décembre ! Etreinte Antarctique. Les paillettes et cotillons n'ont pas place aujourd'hui ici. L'invention de l'homme n'est pas tolérable à un endroit aussi fort de vibration, ici tout est éphémère, tout a un début, tout a une fin.
Très rapidement, alors les yeux encore remplis de bonheur et de vrais moments, nous nous endormons pour nous diriger vers un nouveau futur... January 2nd, 2008  A 00h30, nous quittons l'archipel des Shetlands, pour prendre le Cap de Ushuaia.
La houle est de Nord. Seulement 6 mètres pour le coin, c'est calme plat. Le vent aussi de nord au environ de 20 / 25 noeuds. Les déplacements à bord sont du style titubant et la nausée a touché Hélèna et un peu Rémi, Véro et Stéphanie.
Nous avons rendez-vous avec "Dédé" pour commencer à prendre des informations sur sa soeur "Intan". L'idée est en train de mûrir. Le plus simple serait qu'un prothèsiste se rende à leur village à côté de Jakarta et lui fasse la première prothèse, puis l'opération serait de trouver un centre de prothèse honnête et compétant pour le suivi sur l'avenir.
Chaque aventurier lui raconte leur manière de voir et notre nouvel ami est rempli de bonheur à l'idée de comprendre que bientôt sa petite soeur pourra marcher. En rentrant en France, je me mettrais au travail pour organiser tout ça.
La navigation est un peu cahotique et le bateau bouge pas mal, beaucoup resteront allongés sur la banette.
Dans notre sillage, une multitude de Damiers du Cap jouent les escorteurs et depuis bien longtemps le soleil résiste et nous réchauffe.
Je vais clore ce journal pour prendre un peu l'air, car je commence à prendre des couleurs très verdâtres !!! December 31st, 2007    Malgré une nuit de brouillard, nous arrivons sur la pointe des pieds en Antarctique. La mer est blanche de glaçons de toute taille et la visibilité réduite nous ralentit. Mais tout a une fin et vers 10 heures, le plafond de brume s'élève de 300 mètres et nous permet finalement de nous approcher en sécurité de la terre et de jeter l'ancre.
La température est de 2° ainsi que la mer. Les zodiacs sont mis à l'eau et nous embarquons pour la plage. Un immense glacier est sur notre gauche et un autre encore plus vaste sur notre droite. Devant nous, la plage de galets noirs, avec plein de rejetons d'icebergs en train de mourir.
Quelques manchots papous essaient de nous séduire, mais ici le roi est le manchot d'Adélie. Une colonie d'environ 40 000 couples y nichent. L'un des parents couve un ou deux poussins quand l'autre est en mer pour pêcher et ramener la bouillie de poisson.
Le phoque léopard est le seul prédateur et donc l'approche est très facile. Par moment, si l'on s'assoit, il est fréquent de voir un curieux s'approcher à quelques centimètres. Nous sommes dans un des rares coins de la planète où l'homme n'a pas encore mis sa patte et donc trop détruit. Le traité de l'Antarctique stipule bien qu'ici, aucun conflit ne pourra avoir lieu ! En espèrant que la vanité et l'orgueil de l'homme reste là-haut dans les terres dites civilisées.
Ce soir, juste avant le couché, Nico nous amuse de quelques tours de passe passe assez déconcertants. L'âme d'enfant de toute l'équipe se rejouit de ce moment de bonheur partagé.
Je vous laisse car le réveil sonnera demain matin à 4 heures 30 pour une longue journée d'observation...
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