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May 7th, 2007 Réveil 5h45. Premier réflex, j'observe mon moignon, il a bien dégonflé. Petit déjeuner et on démonte le campement.
- 32 au vent, toujours la même prudence pour les gelures.
Je suis un peu inquiet : douleurs ou pas ? Mes premières minutes sont un peu stressantes mais entre le boulot sur la prothèse et le moignon désenflé tout semble ok !
Nous reprenons route et à la première heure, nous faisons 2,5 km sans douleurs incroyables. Je suis comme sur des oeufs frais ! Finalement nous avançons bien et l'objectif des 17 km est même dépassé de 100 mètres !!
Je suis heureux de cette journée presque sans souffrance : demain sera encore meilleur.
Encore aujourd'hui un Bruand des neiges nous a survolé. Mais la surprise fut le passage à très basse altitude d'un quadrimoteur de l'US NAVY. Jozef, bien confortable sur mon sac à dos, a essayé de les interpeler pour un pan cake ou un coca sans glaçon bien sur, mais en vain !
Campement, toilette à la neige, je vous prie de croire que ça ravigote et au chaud (-5) ! dans la tente. Mais comme par moment, j'ai les neurones qui givrent, j'ai oublié mes pansements dans la pulka derrière. Plutôt que déranger quelqu'un, je décide, pied nu, à cloche-pied, de faire les 10 mètres qui me séparent de mon traîneau. Ahhhhh ça fait circuler le sang !
La scène d'un amputé, pied nu à cloche-pied, sur la calotte polaire, c'est pas tous les jours qu'on le verra !!!
Bien sur Niko voudra lui aussi essayer cette technique !! Copieur !!!
Pensées pour Luc André de la société Ange création.com May 6th, 2007  Ce matin, concertation pour le programme de la journée. Mon genou est toujours aussi gonflé et ne pénétre pas dans l'emboîture, sauf en force.
La décision est prise : jour de relâche.
Le téléphone satellitaire sonne : ma Véro qui est le porte-parole de tout le "clan" ; tout le monde me demande de me reposer, ils s'inquiètent, je comprends mais je me connais bien et ne veux pas franchir ma limite donc aujourd'hui récupération.
Ca tombe bien, le vent se lève. Pas violent, mais juste assez pour être désagréable.
Je me fais des compresses de glace et rebricole encore la prothèse en lui faisant encore un trait de lame de scie sur le côté où mon genou est enflé.
Nous mangeons, dormons et rêvons de jours meilleurs. A 11h00, Niko est en direct sur France Inter avec Sandrine Mercier dans l'émission "Au bout du monde" puis encore le téléphone. Dume et Jean-Pierre Acquaviva appellent pour prendre des nouvelles. Je suis tellement heureux de les entendre, ils me racontent même des histoires drôles pas racontables !!!!
En fin d'aprés-midi, c'est Paul Rossi de RCFM du magazine des Sports qui m'interviewe en direct avec Jean-Charles Orsucci comme surprise.
Je suis chouchouté par tout le monde, ce n'est pas un jour à se plaindre. Dans ma léthargie dominicale, Jo zef vous a concocter un mini conte inuit.
Pensées à Dume Benassi, le frangin que je me suis choisi.
Apoutiaq (le flocon de neige)
Apoutiaq depuis des millénaires
Voltigeait sur la calotte glaciaire
De tempête en coup de vent
Elle voyageait dans le pays du néant
Un jour de printemps, elle croisa des géants
Virevoltant vers eux, elle observait ces enfants
Tête baissée contre le blizzard
Ils avançaient sans intérêt à son égard
Le dernier de la troupe peinait sans ciller
Sa démarche était celle de l'ours blessé
Elle se posa sur sa main gantée
Scrutant son visage givré, elle remarqua des perles bleutées
Il chantait, priait dans une langue inconnue
Elle sentait souffrance, tristesse dans cette âme à nu
Par moment, il s'arrêtait pour souffler
Dans la neige fraîche, dessinait un coeur pour son aimée
Apoutiaq la reconnut, c'était lui le porteur de liberté
Elle vola sur son visage et lui jura de l'aider
Son visage s'éclaira de tendresse et joie
Il lui sussura de s'envoler et de porter sa voix
Et de dire à tous ceux qui l'aime fort
Que bientôt retournera encore plus fort May 5th, 2007 Réveil. Démontage de la tente et démarrage.
Mon genou côté prothèse me fait horriblement souffrir. Je découpe la prothèse, essaie d'alléger la douleur. Hier, j'étais sous antalgiques proche de la morphine. Aujourd'hui pas de comprimés, j'ai découpé sur deux centimètres l'emboîture au niveau rotulien et ça à l'air d'avoir fait son effet. Mais hélas, au bout de 4 heures, la violente douleur me terrasse. Je n'y crois plus, je ne peux continuer dans une telle souffrance.
Je sors la lame de scie et crée une fente de 3 cm de longueur sur le côté gauche. Ca me soulage, mais le problème est que le moignon est totalement tuméfié, couleur bleu nuit.
A 17h00, nous atteignons les 16,7 km : contrat rempli. Malgré la tortueuse sensation sur mon moignon, j'essaie de humer chaque instant, chaque moment car être ici c'est un privilége. Nous avons été croisé par un groupe d'oie Bernarche.
Je suis exténué et demain sera un autre jour.
Pensées à tous ceux qui souffrent dans leurs chairs, tout a un début, tout a une fin...
Notre position : N66°40'09" / W47°20'02" May 4th, 2007 Ce matin, Hogan est venu nous rejoindre dans notre tente car il va conter par téléphone notre aventure aux auditeurs de la radio nationale Belge Radio 1.
Bien qu'avec Niko nous ne parlons pas Neerlandais, nous sentons à sa voix beaucoup d'émotions.
Départ pour 10 heures de marche mais en installant ma prothèse, je souffre terriblement !!
Depuis le départ, je souffre, mais l'aventure est trop belle pour que je le relate. Mais là, c'est à la limite du supportable. Mon genou est tellement comprimé par l'emboîture en carbone, qu'il est couvert de bleus. Depuis quelques jours, j'ai découpé plein de protections qui font une sur-épaisseur. Nous partons. La première heure est un supplice. Mon masque se remplit d'eau salée, mais je ne peux me résigner à arrêter.
Malgré une température de -30 au vent, j'ôte ma prothèse et découpe encore un morceau de gel et donne un coup de lame de scie sur l'emboîture même !
Nous reprenons la route. Par moment, j'ai des étoiles devant les yeux alors tout en avançant, je fais de la respiration profonde et surtout essaie de quitter ce corps qui souffre. Je pense, du moins j'essaie, à des moments de joie, j'essaie de visualiser du positif, j'imagine ma Véro en train de me masser le genou, j'essaie de me remémorer l'odeur de mes fleurs préférées comme le jasmin, les glycines, le chèvrefeuille...
J'arrive pendant une fraction de seconde à ne plus être là ! Les minutes semblent interminables et finalement à 18h00, nous montons le camp avec 16,4 kilomètres derrière nous.
Je suis heureux et fier d'avoir surmonté cette épreuve. Aujourd'hui, c'est le dixième jour de marche et je m'offre le luxe d'une mini-toilette et surtout du remplacement de mes dessous !
Jozef se serait cru dans une bergerie en Corse. Il a chaviré la tente à la recherche du fameux fromage, mais en vain !
Pensées à Alice ma fille et mes supers beaux enfants Marie, Fabien et leur cousine Laure.
Notre position : N66°43'55" / W47°40'51" May 3rd, 2007 Toujours pareil. Réveil 5h45. Le vent est faible. -15 dans la tente mais le réchaud nous réconforte.
Petite interview avec France Bleu Corse qui vient de nous apprendre que tous les jours, nous serons dans le journal de 12 heures, donc si vous désirez entendre le blizzard, rendez-vous en FM ou sur le web !
Campement relevé et ça y est, c'est parti pour une dizaine d'heures d'efforts, toujours aussi vigilents au froid, car on frise les -30.
Pour pouvoir avancer dans ce désert de glace, il faut bien sur se concentrer sur le cap et ensuite avoir l'esprit qui s'évade. La pulka est toujours aussi lourde, malgré une perte quotidienne de plus ou moins 1 kilo de nourriture et pétrole à réchaud. 9 jours qu'on est partis donc -9 kilos donc plus que 111 kilos !!!
La journée est pratiquement sans vent, la petite équipe avance vers son destin. Le pas de fait est déja du passé mais celui de devant est encore trop loin car c'est du futur ! C'est que ça cogite un traverseur de calotte.
Vers 15h00, notre routine et méditation sont bousculées par un ange ou tout comme. Un volatile noir nous survole une oie Bernache. Elle tournoie, nous observe, nous souhaite bonne chance et reprend son vol vers la liberté d'être !
18h00 : campement, réchaud, routine? Non ! J'appelle Véro, prends des nouvelles de tout le monde ici au pays des kivitoqs (lutins des glaces). Nous sommes totalement déconnectés du monde qui bouge, qui court, mais qui va où ?
Donc du bonheur d'entendre la voix de mon amoureuse. Elle me lit les messages de soutien, s'inquiète de mes petits bobos bref nous nous unissons malgré la distance.
Pendant ce temps, Niko trouve la panne de notre panneau solaire et bricole pour que l'on ait encore de l'énergie. Ici le soleil à cette saison ne se repose pratiquement jamais...
Pensées à : Stephan and Patrick from IPS Dubai
Aujourd'hui : 14,2 km
Notre position : N66°47'34" / W48°01'21"
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