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May 2nd, 2007 Nuit de vent violent. Ce matin, la température à l'abri est de -28 degrés, au vent il fait -40 degrés. Il va falloir être vigilents au niveau du visage : chacun est muni de cagoule.
Nous commençons le démontage du campement. Niko découvre sur le recoin de la tente un tout petit renfoncement gelé avec quelques plumes de duvet collées ! Nous constatons avec stupeur qu'un petit clandestin a profité de notre tente pour s'y abriter.
Jozef ricane dans sa cagoule. A peine 8 jours qu'on est arrivé, qu'il invite des potes pendant qu'on dort !
A pas constants, nous avançons, la tête s'égare alors que le corps tel un robot suit son programme : "allez de l'avant ! "
Dernier break avant l'arrêt, soudain de nulle part, un bruant des neiges fonce sur nous. Je suis obligé de me pencher pour éviter la collision. Ce rescapé des glaces se pose à tour de rôle sur nos pulkas. Il n'est pas du tout affolé par notre présence et il se sert de la corde de transport de nos luges comme d'une balançoire.
Niko sort l'artillerie : caméra, appareil photos. Il ne bouge pas. Je m'allonge et rampe vers sa direction malgré le froid. Je retire mes gants et il se pose sur ma main chaude : rien ne l'effraie. Même Jozef a droit à sa photo avec le volatile !
Au bout de 15 minutes, nous reprenons notre route car par ce froid nous ne pouvons restés sans bouger. Campement avec le vent qui tombe finalement mais un froid incroyable. Bien au chaud dans nos tentes, le réchaud fond la neige pour réhydrater le souper.
Ce soir, nous sommes épuisés mais heureux de cette belle rencontre : comme si notre ange gardien était passé.
Pensées à ma grand-mère Lulu, exemple de non relâchement, c'est d'elle que me vient certainement la volonté d'avancer, à ma mère, mon père et toute ma famille... May 1st, 2007  Réveil 5h45. Le vent souffle fort et en plus il neige. Température de -28 degrés.
Nous décidons quand même de partir. Nous sommes assez solennels, car nous imaginons que Serge n'a pas dû accepter son arrêt !
Niko me laisse ouvrir la marche. La visi est très médiocre et c'est grâce au vent que je me dirige. Sur mon bâton droit, j'ai un petit pavillon Corse et grâce à la manière dont il s'oriente, je prends mon cap. Nous avons une moyenne de 2 kilomètres, ce qui est super par rapport au dénivelé encore important.
Vers midi, le soleil chasse la neige et le vent commence à mollir.
Toutes les 55 minutes : arrêt de 5 minutes pour se restaurer et surtout boire un mélange d'eau chaude du thermos avec de la glace. Dans les régions polaires, les accidents de gelure viennent du manque d'hydratation des personnes. Avec cet arrêt obligatoire, nous nous obligeons à boire. Consommation par jour et par personne : 4 litres.
Par 3 fois des moineaux arctiques ont croisé notre route, c'est à se demander comment ces Bruant des neiges peuvent résister dans ce désert de glace.
A 17h00, nous avons atteint notre objectif de 17 kilomètres. Nous sommes fourbus mais satisfaits du boulot bien fait.
Jozef est un grand poète et il m'a sussuré à l'oreille ceci : "aujourd'hui 1er mai, chaque flocon de neige est une fleur de muguet pour vous tous... April 30th, 2007  Ce matin réveil 5h45, heure locale (4h de plus en France).
Niko va à la tente de Serge et Hogan pour les directives du jour, mais il y a un petit souçi. Serge est très affaibli : il a des angoisses. En plus, il y a quelques jours, il a fait une chute violente sur la glace et depuis, il souffre de douleurs au thorax.
Son expé est une revanche sur la vie car âgé de 67 ans, il a déjà subi 3 pontages. Depuis son intervention, il a repris le sport comme les courses de fond... Mais là il craque : peur de sa douleur au thorax, peur de l'accident fatal. Il décide donc d'arrêter ! Mais où nous sommes, c'est le néant !!!
Niko a une bonne connaissance du terrain et connaît beaucoup de monde au Groenland. En plus, il parle Groenlandais.
Par la magie du téléphone satellitaire, il arrive à joindre la compagnie Air Greenland mais la réponse est décevante : possibilité d'envoyer un hélicoptère d'assez grande autonomie mais pas avant 4 jours !!!
Nous essayons de trouver des solutions, mais aucune n'aboutit. Mais le miracle arrive !! Magdalina organisatrice des vols dans le pays nous previent qu'un petit avion bi-moteur est prêt à nous rejoindre si les conditions de glace sont bonnes ainsi que la météo. Nous répondons affirmatif de suite : neige dure sans crevasse, vent de Sud-Est faible, visi au sol 1500 mètres.
A 16h00, le zingue se pose à quelques mètres du campement. La pulka de Serge est hissée à bord et dans un "au revoir" émouvant, il nous quitte.
Nous avons beaucoup discuté de son parcours et nous trois, nous lui tirons un grand coup de chapeau, rien que pour sa semaine d'ascension du glacier avec 120 kilos à tirer.
Juste avant son envol, il nous a remis un objet personnel pour qu'une partie de lui puisse traverser.
Jozef a eu droit à son bonnet qu'il arbore fièrement.
Pensée : A Serge bien sur... April 28th, 2007  Ce matin c'est calme. Pas de vent et du soleil : température dans la tente : -7 degrés.
A 8h00, nous prenons la route. Nous sommes encore sur les champs de crevasses qui nous stressent un petit peu. Niko ouvre la marche et finalement aux alentours de midi, nous arrivons sur la calotte glaciaire, laissant derrière nous ce danger sournois.
La progression est rude, car le dénivelé est grand. La journée est longue et laborieuse. Nous progressons au prix d'efforts extraordinaires. Je souffre en silence : mon genou côté amputé me fait souffrir car la position de mon corps est très penchée en avant pour tirer ma pulka d'une bonne centaine de kilos. Je compense et mon genou est très comprimé dans l'emboîture.
Mais à tout problème, il y a une solution !!!
Je découpe dans l'emboîture la protection en gel, ce qui me soulage.
A 18h00, nous décidons de planter le camp. Avec Niko, nous sommes de plus en plus organisés et en moins d'une demi heure tout est en place : mur de neige en protection du vent, trou bien profond devant l'abside de la tente pour que le froid, qui est plus lourd, n'envahisse trop l'habitacle de vie et la réserve de neige pour que le réchaud nous la transforme en eau potable.
Bien emmitouflé dans mon duvet douillet, je me remémore cette journée, qui malgré mon problème de genou, est quelque chose de magique . Quoi qu'il advienne de cette aventure, je suis là et bien là : c'est un cadeau énorme qu'en plus j'arrive à partager avec vous.
Pensée du jour : je ne le connais pas, ni ne me souviens de son nom mais ce qui est gravé dans ma tête, c'est un alpiniste qui dévisse et se crashe sur un pont de neige qui cède, pour finir au fond d'une crevasse. Son compagnon est persuadé de sa mort. Lui a la jambe pulverisée et décide de survivre, plusieurs jours d'efforts surhumains lui permettront de se tirer d'affaire en rampant jusqu'au camp de base. Un film retrace cette leçon de vie : la mort suspendue April 27th, 2007 Cette nuit le vent s'est renforcé et nous sommes au moins à 17 m/secondes de vitesse. L'effet Windchill fait descendre la température à -27 degrés.
Le paysage est dantesque, le chasse-neige recouvre tout. A l'opposé de la tente grâce à nos pulkas en guise de mur se s'est formée en une nuit une colline de congéres. Bien sur, nous sommes confinés dans nos tentes. Hogan et Serge dans une et Niko et moi dans une autre : pardon Jozef joue l'incruste avec nous !!!
Nous profitons de ce répit pour bricoler, une retouche au pantalon déchiré par un coup malencontreux de crampon, refaire les pansements du moignon, se laver les dents, bref s'occuper de soi.
Niko me raconte ses histoires de chasse à l'ours avec ses potes inuits, ses dizaines d'aventures dans le grand froid et toutes les péripéties que l'on ne peut imaginer...
Bien sur, nous nous reposons, je pense à ma vie et réalise le privilége que j'ai d'être ici : un unijambiste c'est du domaine de la fiction, pourtant j'ai les yeux ouverts, certes c'est dur mais le fascinant prend le dessus malgré les doutes. J'avance chaque pas dans ce désert de glace et de mort est un pas vers la vie, la renaissance...
Finalement, à 14h00, nous repartons. Le vent a perdu de sa hargne et doucement nous progressons. La montée est longue et pénible, pourtant nous n'avons pas le choix.
Au bout de 2h00 , je devine là-bas, droit devant, un point noir impercetible ! Niko m'a laissé la tête du convoi et plus je me rapproche, plus je me pose des questions sur ce point qui surgit du blanc et turquoise infini.
A quelques mètres, je repense à la pulka abandonnée, trouvée la veille ! Devant moi, comme un tas de cendres gelées bien sur !!! Niko saisit avec la caméra la scène, je sors mon piolet et essaie de percer ce secret. Avec stupeur, au milieu de cette gangue inconnue aparaît de la chair congelée. Le problème est que le froid est tellement rude, qu'il est impossible de creuser. Consternés de cette découverte, nous prenons chacun un échantillon de cette trouvaille.
Nous reprenons la route vers notre histoire.
Nous traversons un champ de crevasses et prudemment Niko ouvre le chemin. A 19h00, nous montons le campement et décidons d'aviser dès notre arrivée, à Ammassaliq, les autorités au sujet de notre découverte.
Pensée du jour : à tout ceux qui ont compris que le handicap peut être aussi une force...
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