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May 22nd, 2007 Toute la nuit, le vent s'est acharné sur nous. Ce matin, à 5h45, nous ne savons pas encore quoi faire. Le vent semble vouloir mollir. A 7h30, la décision est prise : on repart.
D'abord, il faut une bonne heure pour dégager les tentes et récupérer toutes les fixations. Les congères dépassent la tente. La température est très basse : -25 à l'abri du vent, -52 degrés au vent. Nous avons tous trois des douleurs dues au froid, mais le boulot doit être fait et concentrés, car le vent est encore très fort et la moindre erreur nous ferait perdre du matériel vital.
1 heure pour pouvoir tout plier. Finalement, à 9h00, nous démarrons. Mes mains me font atrocement mal, mais je sais qu'avec la marche que nous faisons, la circulation du sang s'activera pour alimenter aussi les extrémités. Il me faudra 3 heures pour retrouver un semblant de sensation dans mes doigts.
Le vent commence à faiblir. Vers 17 heures, nous décidons de monter le camp, car la journée n'est pas finie. Les deux jours de tempête ont cassé beaucoup de matériel : un arceau de tente, le grand panneau solaire et surtout l'abside qui s'est malencontreusement déchirée. Toutes ces tâches nous attendent chacun dans son domaine : le panneau solaire soit disant de l'extrême a tous ses câbles qui cassent comme du verre et Nico ne cesse de les réparer, quand à l'abside, il me faudra 1h15 pour la recoudre, le tout sans gants, bien sur à l'abri du vent.
Voilà, tout est opérationnel, mais je remarque que sur ma main gauche l'annulaire et le majeur ont bien gelé. Les extrémités sont blanches. Nico me diagnostique des phlycténes donc de belles cloques pour demain !
Ce soir nous sommes vraiment cuits. Chacun de nous avons un visage bien fatigué. En calculant, cela fait déjà 28 jours et presque 400 km, que nous sommes en train de marcher dans ce désert polaire et la fatigue se fait ressentir.
Normalement jeudi ou vendredi, nous devrions atteindre le rendez-vous fixé avec l'hélico, mais chaque heure après chaque heure, ne brûlons pas les étapes.
Pensées : Laurent Dany et les trois monstres !!! Pédale, pédale, j'arrive !!!! May 21st, 2007  Toute la nuit, le vent n'a pas molli. Entre 60 et 70 km de chasse-neige, c'est-à-dire la neige déportée par le fort vent nous plonge dans un nuage de "farine" qui pénètre de partout. La température à l'abri n'est pas trop froide -15 degrés mais au vent, on frise les -50 !!!
A tour de rôle, nous sortons pour vérifier nos amarrages de tentes et allons prendre des nouvelles d'Hogan. Nous ne pouvons rester que quelques minutes. Dans l'axe de la tente, derrière par rapport au vent, il y a deux congères de près d'un mètre. Au milieu, par contre, la neige, par la dépression du campement, est plate et dure.
J'ai choisi cet endroit pour faire mes essais de marche car étant un peu têtu (Jo Zef secoue énergiquement la tête !) j'essaie de paufiner ma prothèse pour finir en beauté. Plus je la regarde, plus elle ressemble à une sculpture abstraite !!!
Nico essaie de faire des images de la tempête et comme un vrai pro, il en sort quelque chose de sublime. Patientez pour voir les images, il faut d'abord qu'on rentre.
Notre journée se passe dans la tente, réfugiés du blizzard qui mord la chair.
Nous avons encore 15 jours d'autonomie de pétrole et, en faisant un peu attention, une bonne semaine de nourriture : donc la vie est belle.
JoZef est bien copain avec les kivitoqs les esprits des neiges. Nous allons essayer de soudoyer notre mascotte avec une grosse soirée crêpes au retour, contre du vent faible avec soleil pour les jours à venir. On verra demain matin !!!
En attendant, nous faisons fondre la neige pour le dîner du soir qui est composé d'un paquet de nouilles chinoises mélangées avec deux petits sachets de soupes diverses, puis un plat de purée ou couscous lyophilisé !
Depuis notre arrivée au sommet, nous avons avec Nico entamé notre Lonzo (filet de cochon corse fumé) et je peux vous dire que sa dégustation est tout un protocole de bonheur !
Bien sur, dans ces journées d'attente, nous discutons pas mal de tout et de rien. Mais souvent notre sujet de conversation est Serge qui a arrêté le 5ème jour, et avec Hogan et bien sur la mascotte Jozef qui porte fièrement son bonnet, nous tenions à le féliciter pour son courage d'avoir adhéré à cette folle aventure que peu d'hommes et de femmes ont reussi à réaliser : "Toute l'équipe pense à toi et t'embrasse du fond du coeur arctique"
Les malheurs qui nous arrivent ne sont pas des punitions mais des défis à relever !
Pensées : Au chanteur incontesté en Corse et sur la planète !!! "I Mantini" fier parrain de l'association May 20th, 2007 En plein milieu de la nuit, le vent tombe. Du coup, nous nous rendormons sereins pour le lendemain ! Mais ce matin c'est la grosse bourrasque. L'abside de notre tente est remplie de neige. Hier, je l'avais creusée d'au moins 50 centimètres. La neige l'a remplie par deux minuscules trous.
Le vent a fait une rotation de 180 degrés. Du coup, les pulkas qui nous servaient de barrage ne nous protègent plus. Rapidement Niko les déplace. A l'abri du vent, il fait -20, au vent c'est du délire, il fait -60 degrés !!!
Je sors aussi pour deblayer le surplus de neige. C'est la tempête, on tient à peine debout. Niko rentre, tandis que je finis mon boulot de terrassement. Mes mains me font terriblement souffrir. Finalement, je pénètre à l'abri, pour aussi déblayer l'abside et former une entrée totalement étanche.
Pour être plus précis, la tente est composée en deux parties. La première est ronde et nous sert de "maison". La deuxième est posée par dessus, en double tente et est prolongée à chaque extrémités par un mini tunnel de protection et de "désenneigement" des affaires. On appelle ça une abside. Quand elle est montée, on creuse à l'intérieur sur 20 à 50 centimètres pour que l'air froid, qui est plus lourd que l'air chaud, puisse y rester prisonnier. C'est aussi l'endroit où le réchaud à essence turbine pour transformer la neige en eau chaude pour les boissons et repas.
Dans ce sas, nous laissons aussi nos chaussures et pour moi ma prothèse. J'espère que j'ai été assez clair sur ces explications.
Donc de retour dans la tente, j'allume le réchaud avec une sale sensation de ne plus sentir mes doigts. Il me faudra une bonne heure pour reprendre un début de sensibilité. Niko, Hogan et moi avons tous les bouts des doigts totalement insensibles au chaud et froid depuis que nous sommes arrivés dans le grand froid. D'après la grosse expérience de Niko, c'est du classique dans les froids extrêmes et en un ou deux mois la sensibilité revient totalement.
Nous passons la journée refugiés dans nos duvets et nous nous occupons à de menus travaux de réparation et surtout à dormir et manger. Bref à récupérer.
Le baro ne descend plus, il s'est stabilisé. Le vent lui ne mollit pas : entre 60 et 70 km/heure. Voilà un dimanche de blizzard polaire.
Dimanche de blizzard
La tempête s'acharne sur les croisés des glaces
Réfugiés dans leurs tentes, ils attendent que le vent passe
Vus du ciel, ils semblent fourmis et non bivouac
L'ours blessé Nanouk discute avec Apoutiak
Il lui parle de chez lui, de son chez soi
Elle lui dit que sa maison à elle c'est le froid
Si différents pourtant si proches, ils partagent leur opinion
Un grand froid et il s'éteint, un coup de chaud et elle fond
Tous deux écoutent le blizzard sussurer
Contes et histoires des naufragés du passé
Nansen obligé de manger ses chiens de traîneau
Franklin naufragé des glaces, de lui on ne retrouvera qu'un mot
Baffin disparu, de lui ne reste qu'une île polaire.
Charcot sombra avec son équipage en mer
Tous chercheurs de liberté, de découvertes
Le blizzard aujourd'hui nous conte conquête
Là-bas près des miens à mon tour, l'hiver
Je conterais l'histoire d'Apoutiaq et Nanouq l'ours polaire.
Pensées : A tous mes potes qui naviguent : Djinn, Collen, Zigliara, Alamp, Soraya, Edmond Dantes, Galiote, Eclat... May 19th, 2007 Ce matin, bonne surprise. L'émission de France Bleu, animée par Jean-Pierre Acquaviva nous appelle pour un direct de 6 minutes avec un invité d'honneur : Dumé Benassi, mon compagnon d'Atlantique.
J'ai du mal à retenir mon émotion. Cette interview me fait du bien.
Le camp levé, nous reprenons la route. Le ciel est voilé, mais le vent commence à se lever de l'Est. Le brouillard se forme de plus en plus, nous prenons la précaution d'être très près pour ne pas se perdre. Le vent se lève en coup de vent. La température descend à -51 au vent, nous nous surveillons pour les gelures. Effectivement, je suis obligé de mettre les mouffles en duvet soit la quatrième couche !!!
Tout en marchant, je ressens une douleur sur la tempe droite. J'informe Nico qui constate que ma cagoule, dans les mouvements, s'est déplacée et je commençais à geler. La cagoule remise à sa place, la gelure n'a pas eu le temps d'arriver à terme.
Chacun de nous avons du mal à tenir debout. Le fait d'être dans le blanc nous déséquilibre et la progression est de plus en plus difficile. Nos mains commencent à être douloureuses. A midi, c'est le gros coup de vent. Nous décidons d'arrêter. Nous montons le campement et nous réfugions dans nos tentes. Le réchaud fond la neige et chauffe la tente. Nous nous restaurons et emmitouflés dans nos duvets, nous faisons une sieste réparatrice. La tempête souffle et notre cocon ressemble à un petit chalet !
Je bricole encore la prothèse et reçoit un appel de Véro. La chaleur de la Corse me réchauffe. Véro nous annonce que le coup de vent durera au moins toute la nuit. Demain, elle nous donnera la météo du jour. Ce soir, Hogan nous rejoint pour des récits, de belles histoires.
Pensées : A la CTC et leurs présidents et au chargé en communication Vincent Calendini May 18th, 2007 Après la super journée d'hier, ce matin je suis très serein pour aujourd'hui. Le départ est super malgré le brouillard givrant.
Nous restons bien groupés car il est fréquent que d'un coup le brouillard tombe, avec une visibilité nulle.
A la deuxième heure, c'est autour du tibia de se réveiller. Tous les jours je modifie la prothèse, et donc les points d'appui changent. En plus, la perte de poids étant tous les jours, mon moignon maigri et s'enfonce dans l'emboîture.
En milieu d'après-midi, je ne supporte plus la douleur. J'essaie toutes sortes de systèmes mais aucun ne fonctionne. Je suis exténué par ce problème. A tout problème, il y a une solution. Pour la énième fois, je découpe l'emboîture. Ma prothèse n'est qu'une épave, pourtant je dois avancer. Finalement, la dernière heure sera moins pénible, mais que sera demain ? C'est du futur et je ne vois que le présent, c'est-à-dire, la tente douillette, plus de prothèse donc plus de douleurs.
Je suis en vrac. Si seulement je n'avais pas mal, je pourrais avancer la fleur au fusil mais il en est autrement.
Juste avant le dîner, j'allume le téléphone qui se met aussitôt à sonner ? C'est Véro. Elle a senti ma peine. Je lui explique, elle comprend, elle ne me juge pas ou ne me donne pas de conseil car elle sait que seul moi connaît la décision et la juste. Je suis soulagé de cette conversation. De l'extérieur, c'est très difficile de pouvoir comprendre ce qui se passe dans ma tête. J'ai encore 100 bornes à résister, 5 à 6 jours. J'ai déjà passé 25 jours ici et avec des moments plus durs. Peut être que le bricolage d'aujourd'hui me permettra de tenir encore une petite semaine. Quoi qu'il en soit, je suis heureux et fier d'être arrivé jusqu'ici. Les limites sont à l'infini si le mental et la détermination sont intacts.
Aujourd'hui encore 18,5 établis, malgré les difficultés. Un bruand des neiges est venu nous rencontrer cet après-midi , histoire de me remonter le moral. Certainement un clin d'oeil de mon ange gardien.
Ce soir Hogan vient dans notre tente pour discuter de tout et de rien. Bien sur, nous discutons souvent de la maison et de nos compagnes. Hogan nous parle de Fietje sa femme, Nico de Lucie et de leur balade polaire et moi de ma Véro. Ce soir Hogan prend un cours de GPS par Nico et nous partons dans un sacré fou rire. Je suis très chanceux d'avoir des compagnons de glace comme eux.
Pensées : A tous ceux qui sont en train de souffrir dans leur chairs, accrochez vous tous à un début tout a une fin...
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