Dépression antarctique
Hier soir, avant le couché, j'avais prévenu l'équipe de bien câler les affaires car une dépression effrayante nous arrivait dessus. 975 hectopascals coincés entre deux anticyclones, les connaisseurs peuvent apprécier !!!
Dans la nuit, le vent est arrivé de plus en plus fort, au petit matin, il se calait à 60 noeuds constants ! Nous devons renoncer à gagner le nord de l'île. Le vent est de Nord Nord Ouest, demi-tour pour essayer de se cacher dans un fjord mais l'ouragan nous gagne une heure avant de pénétrer dans Fortuna Bay. L'anémomètre du bateau se cale à 100 noeuds soit 180 kilomètres !
De ma vie de nomade des mers, je n'avais jamais vécu cela en mer. Les mots sont difficiles pour décrire cette expérience. La mer n'est plus que poussière blanche, l'air presque irrespirable, la houle est une succession d'immeubles et nous au milieu de ce chaos.
L'équipage Bout de Vie, bien qu'inquiet, n'a pas bougé. Les consignes respectées à la lettre, tout est "saisi" (attaché) à bord. Bien sûr, personne n'a le droit de pratiquer les coursives extérieures. Chacun de nous est cloué au lit. Nous sommes bien secoués et tout déplacemnet est trés difficile.
Finalement, nous pénétrons dans le fjord. Le vent est moins violent, mais par moment les rafales s'abattent sur nous comme des coups de poing.
Au fond du fjord, un mini lac salé. Aux Antilles, on appellerait ça un trou à cyclone. Le vent ici n'est plus qu'à 40 noeuds avec quelques rafales. L'ancre ne peut pour l'instant être jetée, mais la bonne nouvelle est que le baromètre, qui avait fait une chute vertigineuse, attaque une constante augmentation et progressivement le vent n'est plus un ouragan mais juste une tempête !
Vers 17 heures, un zodiac est mis à l'eau et malgré le vent, nous descendons à terre. Personne ne se lâche, l'ordre est de ne pas s'éloigner de moins de 50 mètres des uns des autres.
La plage est couverte d'otaries à fourrure et de gros éléphants de mer. La neige se met à tomber en abondance et une rafale cabatique nous plaque au sol. Le Diamant pratiquement se couche sur l'eau, l'ordre est donné de regagner le bord instantanèment.
L'équipage Bout de Vie est complimentée sur sa discipline et dextérité à réagir. La tempête s'éloigne mais ce moment de furie restera à tout jamais gravé dans nos mémoires.
Stéphanie, Rémi, Hélèna, Steve, Véro et moi-même profitont de ce journal pour vous dire qu'on pense fort à vous et que nous vous embrassons. Que les dieux des océans polaires vous protègent vous aussi...
Une fois de plus, ce proverbe prend tout son sens : "Un souvenir ça ne s'achète pas, mais ça se vit !!!"
(je sais je me répète mais il est de circonstance !!!)
