Trek sur les bords du Beagle
Une carte en main, nous empruntons le sentier forestier du littoral. Chacun a son casse-croûte : au programme, 10 kilomètres dans une faune et flore très spécifiques. La route, par moment, quitte le bord de mer pour des petites côtes qui traversent des forêts de faux hêtres très denses. Des oiseaux, comme des Ouessants, (sorte de grosse pintade), canards, cormorans et autres non définis, se laissent facilement approcher. Des orchidées blanches jonchent le sol comme les pâquerettes chez nous. Les arbres sont couverts de champignons oranges en forme de boule. Les indiens en consomment et bien sûr nos aventuriers goûteront ce fruit des bois au goût "sans goût" !
Des "longues oreilles", mais oui !!... vous savez, l'animal qui mange des carottes (superstition de marin : la prononciation du nom de cet animal porte malheur !!!) pullulent, assez déroutant de voir autant de ces bestioles nous ignorant complètement.
La route n'est pas facile, mais chacun marche en silence, même si certains tirent un peu la prothèse... pardon, la jambe, tout le monde se régale de ce paysage grandiose.
En face du Canal du Beagle, la fin de la cordillère des Andes, avec encore pas mal de neige et des glaciers. Comme disent les indiens Yamane, en une journée on peut avoir les quatre saisons, et effectivement cette journée sera faite de soleil, bruine, vent, calme plat...
5 heures plus tard, nous arrivons au terme de cette promenade d'au revoir aux contrées du Grand Sud.
Ce soir dernier dîner à bord, on ferme une sacrée page d'une aventure qui restera gravée à vie dans chacune de nos celulles. C'est difficile pour l'équipe de Bout de Vie de dire au revoir aux marins du Diamant. Certains y verseront même une petite larme. Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais ce qui est sûr, c'est le présent, alors profitons encore de l'instant présent.
Depuis le départ , j'ai énormément observé les 4 protagonistes, j'ai mis des coups de gueule, des réflexions toujours au moment où ils s'y attendaient pas, mais chacun a découvert, au fil du voyage, avec tous les naturalistes, les marins du bord, une chose essentielle : que la vie était un cadeau incroyable. Malgré les tempêtes, il y a toujours du beau temps.
A notre arrivée à Ushuaia, ville atrocement touristique, mes quatre moustiques s'étaient rués sur les magasins "typiques" !!!. J'avais mis un coup de gueule en disant qu'un voyage n'était pas fait de cartes postales ou de bibelots "made in factice" ! Certains avaient même un peu boudé... Mais depuis notre retour comme par magie, aucun n'avaient daigné rendre visite à ces magasins à touristes. Sans s'en apercevoir, ils venaient de devenir des voyageurs et non plus des touristes.
Et la phrase du départ prend pour eux tous son véritable sens : un souvenir ça ne s'achète pas mais ça se vit !!!
